samedi 29 décembre 2012

Beyond the dead space

Il fait chaque jour plus sombre et plus froid. Les cendres et les nuages ont recouverts le soleil irrémédiablement. Le sol est brûlé et s'étale sous mes pieds un tapis épais de charbon et de poussière dans lequel s'enfoncent mes pieds toujours plus traînants et lourds. Le souffle court, j'avance sans espoir et sans vie, mécaniquement.

L'air que je respire est mortel, saturé de plombs et de produits chimiques qui puent encore plus que de la chair en décomposition. Une puanteur atroce qui se colle au parois du nez et à la barbe, et qui vous donne l'impression d'être un univers à lui seul. Un monde, comme celui qui un jour a existé, paraît-il...

Je croise des ruines peuplées d'âmes errantes et désespérées, vaguement cannibales, sans chef et sans hiérarchie. Anarchie? Disons plutôt survie, à n'importe quel prix. Des cadavres empalés, sur des parcelles entières, servent de garde-manger aux seigneurs de guerre autoproclamés. Prisonniers, étrangers, esclaves, passants... repas ambulants.

Je ne dors plus la nuit. J'allume un feu pour cuire ce que j'ai réussi à trouver puis je m'allonge avec mon couteau à portée de main. Je mange ce que je capture, ou ce que je trouve dans les rares ruines inhabitées que j'arrive à découvrir. Graines, viande avariée dont je préfère ne pas connaître l'origine, pain rassis et eau croupie.

J'ai perdu toute notion de temps. Je pense qu'on arrive en hiver étant donné qu'il fait de plus en plus froid. Et que la nuit tombe de plus en plus tôt. Parfois il pleut, les gouttes d'eau noire et lourde collent la poussière au sol et rendent la marche plus aisée et plus rapide, à condition de ne pas trébucher sur les roches qui affleurent tout au long du chemin.

J'ai un sac que je ne perdrais pour rien au monde. Il contient les restes de ce que je fus un jour. Au milieu, soigneusement calfeutré entre deux vêtements crasseux, un livre. Des poèmes de Lord Byron. Il y parle de landes désolées, de châteaux abandonnés, de fantômes et parfois même d'amour. J'ai oublié jusqu'à la signification de ce mot. J'ai oublié toute notion de langage. Je ne parle plus à qui que ce soit depuis tellement longtemps que je ne sais plus émettre que des râles et des grognements.

Je ne sais même plus comment je m'appelle ni qui je suis. Je n'ai rien avalé depuis ce qui semble être plusieurs semaines maintenant. Je ne dors plus. J'avance. Un pas devant l'autre puis un autre puis un....

lundi 24 décembre 2012

Ma lettre au Père Noël

Alors comme ça paraît que c'est Noël!

On va tous s'empiffrer de conneries bien grasses et de verres de vin, se faire des cadeaux en se souhaitant tout le meilleur du monde même si on peut pas se piffrer. Et le tout à l'ombre d'un pauvre sapin qui avait rien demandé à personne avant qu'on le coupe pour le couvrir de conneries brillantes. On va oublier la misère du monde, le gouvernement de gauche qui fait une politique de droite et la Lorraine qui meurt.

Je voudrai te demander moi aussi quelque chose père noël: de ne surtout pas exister. Ce serait vraiment injuste que tu distribue des petits cadeaux aux enfants sages pendant que d'autres meurent où pourrissent en enfer. D'autant plus que les cadeaux, c'est surtout pas toi qui les achète.

Je voulais aussi te remercier pour mes cadeaux reçus un peu en avance. En même temps, mon anniversaire étant début Décembre, je comprends que tu te sois gouré. Nan mais franchement, c'était trop fallait pas: mon couple qui meurt, des dettes comme j'en ai jamais eu... je sais pas quoi dire. Je crois que ça fait longtemps que j'avais pas reçu d'aussi beaux cadeaux, sur que quand je vais dire ça aux copains ils seront jaloux.

Je voulais aussi te demander une chose, oh trois fois rien t'en fais pas, c'est de laisser la place à ton cousin là, le père Fouettard. Je crois qu'on a plutôt besoin de lui en ce moment pour punir tous les pourris et les barbares un peu partout sur la planète. ça nous évitera de prendre les armes nous-mêmes et notre conscience d'occidentaux middle-class arrêtera de nous tarauder, ce sera aussi efficace que donner à un SDF ou acheter le dernier disque des Enfoirés.

Bref, tout ça pour te dire que je te laisse à ta distribution de cadeaux pourris et très chers, avec tes oeillières qui t’empêchent de voir toute la souffrance du monde, je ne crois pas plus en toi qu'en un Dieu paresseux et profondément injuste, je vais passer un Noël pourri mais tant pis, je prendrai une cuite au Nouvel An pour oublier que c'est pas un changement de date qui changera quoi que ce soit dans ce monde de merde.

Joyeux Noël et paix aux hommes de bonne volonté, continuez à voter et à regarder TF1!

lundi 17 décembre 2012

Fin du monde

J'avais vu se désintégrer le monde. Je l'avais vu pourrir et mourir. Les méta-biotopes de synthèse avaient pris la place de l'humain et son bio-environnement en phase de représentation terminale, comprenez derrière la vitre blindée d'un musée en orbite spatiale fixe.

Je respirais, à travers mon masque et ses filtres à oxygène-carbone, un air vicié, relents d'une ère technologique et industrielle à jamais inscrite au fusain dans les livres d'histoire sur tablette numérique. Photos jaunies, aux couleurs passées depuis des décennies, ne resteront que les témoins muets d'une époque ternie.

J'avais senti l'odeur particulière d'un monde en agonie terminale. Rouille, chair en putréfaction et bois rongé par les flammes, un parfum unique en son genre et déterminant avec une précision létale les derniers restes à carboniser.

J'entendais les râles de souffrance se dégager des caves et des entresols moites et humides où se terraient les derniers survivants, se nourrissant de leurs semblables morts et des quelques rats faméliques qu'ils arrivaient à capturer dans leurs ridicules pièges.

 J'avais perçu tout cela, et je me tenais là, sur les ruines d'un monde condamné, un flingue et une balle à tête creuse dans les mains.