jeudi 12 décembre 2013

Lettre au papa Noyel

Papa Noël,
C'est pas que je crois vraiment en toi. J'aimerai bien le pouvoir encore, mais je crois que trop d'années ont coulées sous les ponts. Enfin, je veux bien faire semblant, comme une vieille en confession.

Cette année, je demande pas grand chose: un boulot pour payer les factures et occuper mes journées, une femme qui ne parte pas au bout de quelques mois... bref, une petite vie rangée et classique.

Ah, et puis il y a deux trois trucs que je veux te demander, aussi: un pays où on ne juge pas les gens selon la couleur de leur peau, leur orientation religieuse ou sexuelle.... ou tout le reste.

Que les bons (Mandela, Kate Barry, Jean Louis Foulquier etc...) arrêtent de claquer pendant que des ordures, qui ne méritent que de crever, continuent impunément à empuantir l'atmosphère.

Un monde où on cesse de faire la différence entre les droits des humains et des animaux. On partage la même planète, alors autant qu'on ait les mêmes droits.

Et surtout, pour une fois, que le soleil se lève sur l'obscurité aveuglante dans laquelle on patauge tous depuis trop longtemps.

Et sache une bonne fois que si c'est pas le cas, tu pourras définitivement aller te faire foutre.

vendredi 12 avril 2013

La Côte des Squelettes

Il était une fois, en Angola, un pécheur qui s'apellait Etienne. Etienne partait tout les matins poser ses filets et ses casiers, pendant que sa femme préparait le repas dans la maison, et que son fils partait à l'école. Ce matin là, Etienne partit poser ses pièges, puis resta pour pécher quelques poissons à la ligne, car il y avait une fête d'organisée dans le village quelques jours plus tard, et qu'il y aurait besoin de beaucoup de poissons pour le banquet. Chanceux, il ramenait dans son navire des quantités de poissons, tant et si bien qu'il en oublia de surveiller le ciel. Et de s'apercevoir qu'une tempête se levait au loin, assombrissant le soleil et faisant se lever sur les eaux un vent vif et froid qui creusait les vagues. Il ne s'en aperçut qu'une fois le soir tombé, qu'une fois que sa barque, qui avait voguée au gré des courants, l'avait emmené trop loin de la terre.
 
Perdu en pleine mer, et en pleine tempête! Il se rassura alors en se disant qu'il n'avait qu'à pagayer jusqu'à la plage, qu'il ne pouvait pas être si loin. Prenant son courage et sa pagaie à deux mains, il commença à lutter contre les éléments. Ballotté, à deux doigts de chavirer, voyant dégringoler dans les tréfonds de l'océan sa précieuse cargaison de poisson et d'eau douce, assoiffé par l'eau de mer avalée malgré lui, à demi mort de fatigue, de faim et de soif, il lutta toute la nuit contre la tempête, et au matin, une fois les flots calmés, il aperçut, flottant doucement sur l'onde plate, une branche d'arbre. Reprenant espoir en voyant soudain cette promesse de rivage, il rassembla ses dernières forces pour pagayer avec l'énergie du désespoir jusqu'à cette terre qu'il devinait là-bas.

Cette terre qui, plus il s'en rapprochait et plus il en était sur, n'était pas celle d'où il était parti la veille, n'était pas non plus une de celles qu'il avait déjà croisées, pas même une de celles dont les anciens parlaient parfois dans les veillées. De fait, c'était une petite île, à la végétation luxuriante, débordante de fruits mûrs et gorgés de pulpe, et, privilège suprême, dotée d'une source d'eau douce et certainement potable, du moins l'espérait-il.

Il aborda en vue de cette île inconnue, et ressentit tout de suite comme un doute, une impression, un froissement de l'air... il n'était pas seul. Résolu à demander son chemin, ainsi que quelques vivres et un peu de repos, il s'enfonça dans la mangrove épaisse et étouffante, moite et oppressante, qui constituait la quasi totalité de la surface de cette île de moins en moins paradisiaque. Après quelques heures de pénible progression dans la végétation inhospitalière, peuplée de moustiques assoiffés de sang et de serpents venimeux, de crapauds buffles et de mygales vives comme l'éclair et venimeuses comme des cobras, il atteignit une petite clairière, où se trouvait assis un homme.

Un vieillard à la longue barbe aussi blanche que sa peau était noire. Il était vêtu en tout et pour tout d'un pagne, le reste laissant apparaître sa peau flétrie par les ans et la vie au grand air, et tatouée de mille signes étranges. Un ermite! Etienne en avait entendu parler parfois, de ces hommes qui avaient choisis de vivre loin du reste du monde, on en parlait parfois comme de vieux fous, parfois comme de grands sages, mais tout le monde s'accordait sur un point: ceux qui croisaient leur route une fois s'en souvenaient toute leur vie. Lorsque l'ermite, après un temps incalculable passé à observer Etienne avec un regard aussi acéré qu'un laser, se décida à ouvrir la bouche, ce fut pour parler d'une voix rauque et traînante, et lui proposer un marché: son navire, ou du moins ce qu'il en restait, était à présent caché hors de sa portée. S'il acceptait de passer une épreuve, et qu'il la remportait, il pourrait quitter l'île avec autant de vivre qu'il pourrait en emporter, et une voix maritime sûre pour rentrer chez lui au plus vite. S'il échouait, il mourrait sur place et servirait de repas aux animaux affamés. Curieux marché, en vérité, mais avait-il le choix?

Il ne put qu'accepter, et l'ermite lui désigna alors trois crapauds buffles assis là. L'un deux, et un seul, n'était pas pourvu de venin et était donc tout à fait comestible. Les deux autres étaient mortels dans l'heure, via une souffrance atroce. Etienne devait choisir, en prenant autant de temps qu'il le voulait, et manger en un seul coup de dent le crapaud qu'il pensait être le bon. Etienne s'assit alors devant les trois batraciens et réfléchit... longtemps.... les pesant, les soupesant, ouvrant leur gueule pour tenter d'apercevoir les crocs remplis de venin, mais ces derniers demeuraient invisibles. L'un de ces trois animaux était d'un aspect repoussant. Couleurs criardes, yeux globuleux injectés de sang, et nerveux avec ça. L'autre était plutôt affable, aux couleurs ternes et délavées, l'oeil mi clos et mou comme du pain trempé. Le troisième était la parfaite synthèse des deux.

Etienne réfléchit encore longuement, puis se souvint de ce qu'un ancien du village lui avait conseillé un jour où il s'était perdu dans la brousse: "Si tu ne trouve plus ton chemin, fie-toi à ton instinct." Etienne se saisit alors du crapaud le plus nerveux, le plus coloré, le mit dans sa bouche et le broya d'un coup de mâchoire énergique et décidé. Après une seconde qui lui parut durer une éternité, l'ermite lui demanda de sa voix traînante: "Comment as-tu su qu'il était comestible?" Etienne, qui savourait le goût rassurant de sa proie, répondit simplement "il ne faut pas se fier aux apparences, pourtant les animaux le font. C'est pourquoi pour se protéger des prédateurs, il a du se faire passer pour un animal dangereux". Etienne pur repartir, avec un navire réparé, plein de vivres et la promesse qu'en naviguant en direction du soleil pendant un jour entier il regagnerait son village.


Oui mais voilà, pendant la journée le soleil bouge sur l'horizon, allant d'est en ouest, et ainsi s'en trouva faussée la route d'Etienne, qui aborda sur une plage, qui, elle non plus, ne ressemblait pas à celle qu'il connaissait. C'était une plage immense, où rouillaient des dizaines d'énormes navires, entassés là par un courant capricieux. Des dizaines de bateaux pétroliers, de transporteurs de fret, de tankers grands comme des stades de foot. Un immense cimetière de bateaux, d’aussi loin que portait le regard on ne distinguait que de hautes murailles d’acier rouillé. Etienne connaissait cet endroit, les anciens en avaient parlés plusieurs fois. Une plage où personne ne va jamais, trop loin des villages, une plage peuplée de fantômes de navires, dont le nom seul décourageait les aventuriers: la côte des squelettes.

Etienne, tout d’abord inquiet, fut rassuré de savoir enfin où il se trouvait. Rassuré surtout de ce que son village ne soit qu’à une journée de marche. Abandonnant là son navire et ses vivres, qui l’auraient ralenti, il se mit en marche, résolut à revenir chercher son esquif et sa précieuse cargaison avec quelques amis le lendemain. Il marchait ainsi d’un bon pas, préparant le récit de son aventure qu’il se délectait déjà de raconter à la veillée, lorsqu’il aperçut une silhouette allongée dans le sable. Un blanc, habillé richement d’un complet veston tout à fait hors de propos en ce lieu et en cette saison, qui semblait plongé dans un profond sommeil.

Etienne essaya vainement de le réveiller, mais l’homme ne bougea pas d’un pouce. Il ne possédait rien qui puisse donner une explication sur sa présence ici, hormis, serré dans sa main gauche, un papier froissé recouvert de chiffres et d’opérations. Etienne, qui n’était plus très loin de son village, décida d’aller chercher de l’aide. Mais lorsqu’il revint avec le sorcier du village et quelques amis, ils ne trouvèrent nulle trace du blanc, et pas plus de preuve de sa présence. C’est depuis cette date qu’un bruit circule dans les villages d’Angola et de la proche Namibie que cette plage, la côte des squelettes, est hantée, qu’on y croise des mirages et qu’il est en tout cas déconseillé au navigateur perdu d’y aborder…

FIN

mercredi 20 février 2013

Django

Les États-Unis et le western c'est une longue histoire. Sans doute le style qu'ils ont le plus exploité, à un point qu'on confond souvent le maître et son oeuvre. John Wayne ne représente-t-il pas, à lui seul, la conquête de l'Ouest?

Longtemps caricatural (les gentils blancs, les méchants indiens), la donne changea avec quelques films, en une spectaculaire redistribution des cartes. Le premier choc eu lieu avec Soldat Bleu, un film de 1970. Tout commence par un massacre en règle d'une colonne de soldat convoyant un chargement d'or par les indiens. Puis s'ensuit une bluette en forme de road movie remplie d'humour entre un soldat survivant et une squaw qui apprennent à s'apprivoiser. Le tout parvient à nous faire oublier le bain de sang du début, jusqu'à la scène finale, l'attaque du camp indien par les soldats bleus. Un summum de sauvagerie et de barbarie, qui nous démontre à merveille que les plus révoltants ne sont pas ce que l'on croit.

Puis vint Kevin Costner. Play boy ayant accédé à la notoriété dans un western honorable (Silverado), descendant de Cherokees, essayant sa première réalisation. On pouvait en espérer au mieux un bon film, au pire un western lénifiant sur les indiens et leur injuste massacre par les méchants blancs. Mais Danse avec les Loups fut, au delà de toute attente, un chef d'oeuvre. Reprenant à la source les mythes de l'Ouest Sauvage, débutant en pleine Guerre de Sécession pour s'achever sur la fin de la Conquête de l'Ouest, il brosse un portrait humain des Indiens, nous fait toucher leur vie et leur culture au plus prêt.

Faire mieux était (et demeure) impossible, faire pareil aurait été absurde. C'est pourquoi les réalisateurs prirent des chemins de traverse, de ceux ponctués de crotales, de crâne de buffles et de coyotes, mille putois!

Puis arrivèrent, d'une ville sans nom, un réalisateur survolté et son équipe d'outlaws. Une fois réquisitionné, à la force du colt, le saloon-palace local, ils y établirent leurs quartiers et chassèrent de la ville tout ce qu'elle comptait comme représentants de l'ordre, shérifs et autres empêcheurs de flinguer en rond. Ce n'est qu'à ce moment là que, entre deux lampées de whisky sec et deux paires d'as truquées, il dit son nom aux quelques courageux présents: "je m'appelle Tarantino, et je cherche un homme, un certain Django."

Django Unchained, blood on celluloïd 

Il y avait longtemps qu'il tournait autour du pot. Qu'il minaudait, l'air de ne pas y toucher, balançant ses références comme des jetons sur le tapis vert, avec une désinvolture feinte mais de celles qui agace les nerfs. Nombreux fûrent ceux qui essayèrent de lui faire cracher le morceau, mais ils furent tous balayés d'un simple "plus tard, quand je le voudrai vraiment."

Ses films étaient pourtant remplis de références. Duels au revolver, héros solitaires et gunfights sanglants. Une fois, il invita même une bande de jay-hawkers à la fête, et leur fît scalper des nazis sous les ordres d'un drôle d'Apache moustachu.

Tout ça sentait le réchauffé, le whisky frelaté, et l'eau tiède qu'on sert dans les bouges de la frontière en guise de bain. Il était temps de prendre le taureau par les cornes, de lui serrer les cojones et de voir s'il en sortait encore du lait.

Le western à la sauce Tarantino est comme les steaks au piment que sert le Chinois de service en bordure de la voie de chemin de fer, il ressemble à ces bouteilles à deux dollars que le cow-boy s'envoie après avoir galopé toute la sainte journée pour convoyer un troupeau à Abilène.

Un esclave qui devient tueur à gage pour délivrer sa femme, un tueur froid qui devient humain par la force des choses, et un authentique salopard qui ne changera jamais, sauf à avoir le buffet rempli de plomb. Une histoire classique dans l'Ouest. Mais des punchlines aussi efficaces que des barillets entiers, une approche quasi documentaire de l'esclavage, évitant tout angélisme, et des rebondissements bienvenus au moment où l'intrigue commence à ronronner (quitte parfois à en faire un peu trop). Un western salé comme le sont les mines pour attirer le chaland et faire vendre un claim pour un prix modique.

Des grands espaces, une musique signée par le meilleur et faisant le lien entre la tradition et la nouveauté, tous les codes sont respectés tout en innovant. Légendes germaniques, ethnologie à deux sous et histoire d'amour shakespearienne s'invitent au banquet entre deux assiettes d'haricots au lard tiède et deux cafés noirs préparés au fer à cheval.

Tarantino redéfinit les codes du western à sa sauce, nous offrant un décapage sans pareil d'un des styles les plus anciens et les plus emblêmatiques du cinéma US.

Le soleil se couche, la poussière vole dans les rues désertes de l'ancienne bommtown abandonnée, et monte sur son cheval l'homme qui change le plomb en or.


jeudi 24 janvier 2013

Tronche de même

Parfois, pour ne pas dire souvent, un film s'inspire d'un autre. On ne compte plus les clins d’œil ni les références diverses, certains (Tarantino par exemple) s'en font même les spécialistes. Il existe aussi des franchises pour ça: Hot Shots, Scary Movie et autres compilations plus ou moins réussies.

Mais il est une autre tendance beaucoup moins fun: le plagiat. Bête noire de tout créateur, il consiste, pour les néophytes, à faire un copier-coller de l’œuvre qui nous intéresse, parfois même sans se masquer de l'avoir fait. Sans tomber dans cet extrême répugnant, parlons de ces films qui, ouvertement ou de façon plus discrète, se basent sur le même tronc que leurs petits copains de celluloïd

Premier exemple: zombies et survivants.

Les films de morts-vivants sont, depuis Romero, légion. Je suis une légende, La Nuit des Morts-vivants et autres Braindead. Mais deux franchises se distinguent par leurs ressemblances: Resident Evil (5 films à ce jour), et 28 Jours/Semaines plus tard (2 films à ce jour, et visiblement pas de 3eme prévu).

Un monde infesté de zombies infectés par un mystérieux virus, des humains vivant par conséquent reclus et surarmés, un(e) survivant(e) se réveillant dans un hôpital désert pour tenter de sauver sa peau et éventuellement régler le problème zombie. Avouez que là, ça se ressemble quand même beaucoup. Alors certes, l'approche du développement est différente: R.E. est plus Hollywoodien et plus axé sur l'action quand 28 Jours... se veut comme un quasi docu-fiction collant au plus près de la "réalité". Mais jusqu'au maquillage, à la démarche et aux causes de leur zombification, Alice et Jim affrontent peu ou prou les mêmes bestioles.

Resident Evil

28 Semaines plus tard

Second exemple: vampires et loups-garous.

Une célèbre franchise s'achève en fanfare cette année. Si je vous dit qu'elle parle de vampires et de loups-garous, je pense ne pas avoir besoin de mentionner le titre. Et pourtant.

2012 aura vu deux films parlant des mêmes êtres surnaturels. Twilight et Underworld. Là aussi, bien entendu, des différences existent. Twilight est avant tout une romance pour ados, et les vampires et les garous ne sont là que pour apporter du mordant à l'affaire. Underworld est bien plus sombre, plus violent, et dépeint les deux clans comme ce qu'ils sont vraiment: des monstres assoiffés de sang humain et se livrant une guerre sans merci depuis les origines du monde. Mais la sortie d'Underworld 4 l'année où se termine la franchise Twilight n'a rien d'innocent, ces choses étant généralement calculées au millimètre.

Twilight