vendredi 14 avril 2017

Surréalisme

Une rue, un arrêt de bus. Une fille qui attends, et qui se fait siffler par un cadre supérieur depuis l'autre côté de la rue.
" je suis pas ton chien, dégage!
- Non, mais tu pourrais être ma chienne.
- Et puis quoi encore, t'as vu ta gueule?"

Avant que le cadre sup réagisse, la silhouette tapie dans un coin de mur derrière lui lêve la tête et dit:

"Eh le geai moqueur, t'as pas peur de finir dans une motocrotte avec ta face de pet? Ou dans l'étalage d'une patisserie avec ta tronche de cake?
- Je... j'vais appeler la police.
- La maréchaussée? Mais quelle bonne idée! Tu leur dira de ma part d'arrêter de dessinner leurs marelles sur ma chaussée. Je me demande c'que sera l'amende pour une telle offense, attends deux secondes, Alphonse, j'apelle mon avocat.

- Allo, Maître Guacamole? Oui, ici Maître Coq.
- ...
- Oh bah, très bien ma foi! Mon restaurant vient de décrocher sa troisième étoile au Guide Miche des Pains, tu vois, comme un coq en pâte!
Dis, je suis avec un rustre, un cuistre, un malotru achevé, un butor fieffé, qui n'aime pas se faire avouer ses quatre vérités. Il monte sur ses grands chevaux, veut me poursuivre, le mords aux dents et la bave aux lèvres, henni une ni deux, il veut m'enchrister le week-end Pascal. Je risque quoi, d'après toi?
-...
- Ok, alors ça va. Pas la peine de me ronger les ongles ni de me tourner les pouces, ça s'arrangera en un claquement de doigts. Eh bien merci, Maître Guacamole, je vois qu'encore une fois, quand j'en vois de toutes les couleurs, ton boulot c'est d'en faire des vertes et des bien mûres. Et encore une fois, t'en rate pas une !"

Puis, la silhouette se retourne vers le cadre sup:
- À nous! T'as l'air en pleine déconfiture, mais vu ton faciès de fraise faisandée, j'en déduis que c'est normal. Je t'écoute:
- Je comprends rien à ce que tu dis, je m'en vais"

lundi 6 mars 2017

Star Explorer Episode 1: Frozen

Le plateau s'écrasa lourdement sur le sol gelé. Quelques graines trop cuites, une soupe qui tenait plus de l'eau colorée qu'autre chose, et un morceau de viande d'origine douteuse et aussi épais qu'une feuille morte. Bon appétit. 
 
Ethan Boyle se jeta néanmoins sur ce repas comme si sa vie en dépendait. Et elle en dépendait, à vrai dire. Enfermé depuis un an dans cette prison haute sécurité, au milieu des glaciers, chaque repas était une raison de plus de tenir face à l'enfermement, les mauvais traitements, la faim, la solitude et la violence. Et surtout le froid. 
 
Il gelait à pierre fendre sur Frozen. Entièrement recouverte de glace, ce n'était pas exactement une destination de vacances idéale. A l'origine, Boyle s'y trouvait pour vendre des P-15, de gros blasters trapus, à un mercenaire contre une solide rémunération. Le mercenaire en question avait fait main basse sur la cargaison d'armes, et les autorités qui l'accompagnait s'étaient chargées du reste. Le mercenaire avait été rémunéré pour sa participation à la capture d'un dangereux trafiquant d'armes, les blasters avaient rejoints l'arsenal du gouvernement, et Boyle avait écopé de 5 ans en prison de haute sécurité. 
 
Une fois son repas sommaire achevé, il se prépara pour la promenade au milieu d'une averse de neige. Dans ce qui tenait lieu de cour parsemée de congères, tout le monde essayait tant bien que mal d'oublier le froid. Un détenu se rapprocha de Boyle sitôt ce dernier dans la cour. Il s'agissait de Tenant, un natif de la planète Mykha, et le seul ami de Boyle dans cet enfer gelé. 
 
 « 'lo, Boyle. Ça tient toujours ton projet d'évasion ?
- Salut. Oui, tant que je suis pas changé en bonhomme de neige, ça tient toujours.
- T'es givré. 
- Comme nous tous. Pourquoi tu viens pas, t'as peur d'attraper froid ?
- J'ai rencard avec la fée des neiges, je devrais réussir à briser la glace. 
- Je vois. Bon, ça se fera demain. C'est le jour où ils passent récupérer les refroidis. Je rentre, je sors, ciao la compagnie. 
- Et si ça se réchauffe ? 
- J'aurai un convoi direct pour le grand brasier. Comme tu vois, j'ai rien à perdre. Allez, salut et attrape pas un chaud et froid avec ta fée des neiges. Content de t'avoir connu. 
- Content de t'avoir connu et bonne chance. » 
 
A la vérité, le plan de Boyle était bien plus mûri que ça. Les cellules étaient fermées par de lourdes portes de glace. Impossible de les faire bouger de l’intérieur de la cellule, encore moins de les ouvrir. Mais elles avaient un point faible : le loquet était apparent, et avec un peu de patience, on pouvait le couper. Boyle avait récupéré un couteau d'un détenu contre la promesse de le faire sortir si jamais il réussissait son plan. Le pauvre était mort de froid avant terme, mais Boyle avait gardé son couteau. Et toutes les nuits depuis lors, il rabotait patiemment le loquet gelé. Et cette nuit là, il céda et la porte s'ouvrit... 
 
Pour évoluer dans les coursives de la prison, il fallait autre chose qu'un uniforme de détenu. Une tenue de garde ferait bien mieux l'affaire. Jones repéra un garde assoupi, lui planta son couteau dans la nuque et fit l'échange de costume. Avec un peu de chance, on ne trouverait le cadavre qu'au matin. Puis il se mit en route vers la morgue de la prison, afin de prendre la place d'un cadavre frais en route vers la liberté. 
 
De longues heures de nettoyage et de divers travaux forcés lui avaient permis de se repérer dans la prison, nul besoin de plan ni de guide. Dans sa tenue de garde, le visage masqué par une lourde capuche et une écharpe qui ne laissait apparaître que les yeux, il faisait illusion même auprès des autres gardes. Jusqu'à ce que... 
 
« Eh toi là, ton tour de garde inclût pas la morgue. Tu vas au réfectoire, des fois qu'un de ces cafards ait encore faim. 
- J'ai cru entendre un bruit dans le couloir, t'entends rien ? 
- Non, rien du tout. 
- Tiens si, c'est là. Écoute. » 
 
Et Boyle planta son couteau dans l'oreille du garde malentendant. Puis il traîna le corps dans un débarras tout proche avant de reprendre sa route vers la morgue. Devant la porte, deux gardes devisaient tout en en bloquant l'accès. Boyle décida de jouer son va-tout : 
 
« Tentative d'évasion au bloc Y-21-A. Boyle se fait la malle, il a déjà tué deux gardes. Il paraît qu'il se dirige vers le réfectoire. Alerte maximum, il est armé et dangereux. » 
 
Les gardes se ruèrent vers le réfectoire. Boyle les suivit, puis fit demi-tour au premier coin d'ombre. La morgue lui ouvrait les bras, déserte de toute vie à cette heure tardive. L'alarme se mit à résonner aussitôt qu'il entra. Ils devaient avoir trouvé les cadavres des gardes, il fallait jouer serré. Il ouvrit un sac mortuaire, en sortit son locataire, rangea son cadavre congelé dans un tiroir vide du mur et s'enferma dans le sac, en veillant tout de même à conserver un espace pour respirer. Il ne restait plus qu'à attendre les éboueurs. 
 
Dans la prison, l'atmosphère était à la panique. Ça courait dans tous les sens, et ça aboyait des ordres dans une mêlée de voix rauques et puissantes. L'alarme stridente hurlait sans discontinuer, rajoutant une touche perçante à ce vacarme. Apparemment, personne ne songeait à vérifier dans la morgue, tout le monde avait gobé son bobard sur le réfectoire. Boyle remercia silencieusement le garde de lui avoir donné cette idée. De longues heures passèrent, et Boyle en vint à se demander si il n'allait pas finir congelé pour de bon. Puis les portes de la morgue s'ouvrirent, et les éboueurs arrivèrent. 
 
« Cinq corps seulement ? Vous êtes en baisse. 
- C'est parce qu'on les nourrit bien, ils restent en forme. Allez embarquez moi ça avant que ça pue. » 
 
Dans son sac, Boyle fut transporté sans ménagement vers une benne froide, et jeté tout aussi brutalement sur ce qui avait l'air d'être du métal gelé. Il étouffa un cri lorsque son épaule se fracassa contre la paroi. Une fois les morts entassés, le camion s'éloigna lentement de la prison, et Boyle commença à respirer un air nouveau, fait de fumée de moteur et d'essence : l'air libre. 
 
Une fois suffisamment éloigné, il sortit à grand peine de son sac mortuaire et entreprit de s'échapper de la benne du camion. Il se trouvait au fond d'une vaste remorque d'acier gelé, mais qui offrait divers points d’appuis pour en sortir. Sans doute que les éboueurs ne devaient pas être habitués à voir leur cargaison se faire la malle. En dépit de sa clavicule cassée, Boyle réussit à se hisser sur le rebord, et sauta à terre à la faveur d'un virage. Il atterrit dans la poudreuse fraîche, et cavala derechef à l'abri d'une forêt proche. Là, une fois masqué par d'épais taillis, il s'écroula dans la neige. Libre ! 
 
Il resta ainsi de longues minutes, à savourer la liberté et à mûrir la suite de son plan. Il se leva ensuite, et s'enfonça plus avant dans la forêt obscure. Cent fois il faillit glisser dans une crevasse, cent fois il se cogna à un arbre ou trébucha à cause d'une racine. Il tendait l’oreille à chaque bruit suspect. Apparemment, personne ne le recherchait dehors, la nouvelle de son évasion hors les murs n'était pas encore connue. 
 
Il redoubla d'ardeur pour mettre le plus possible de distance entre la prison et lui. La forêt semblait sans fin, et toujours aussi obscure. La journée avançait, mais il ne voyait que très peu la lumière du jour, entre les frondaisons. Affamé, la clavicule cassée, il commençait à faiblir. C'est alors qu'il avançait péniblement, qu'il se heurta à une branche basse et s'écroula dans la neige. Sonné pour le compte, alors que la nuit tombait sur la planète gelée. 
 
Il se réveilla quelques minutes plus tard, alors qu'un rongeur entreprenait de transformer son oreille en délicieux repas. Boyle se leva, et le rongeur affamé décampa sans demander les restes. Les patrouilles commençaient à cerner la forêt, nul doute désormais quand aux recherches effectuées pour trouver le fuyard. Boyle se mit en route, s’enfonçant toujours plus dans l'obscurité végétale et glacée. 
 
Tâtonnant pour trouver son chemin dans la nuit, il chuta à travers une fine couche de neige et dévala un long couloir encombré d'un amas de branchages et de racines enchevêtrées, qui le griffèrent sur tout le corps, réduisant ses vêtements en une loque ensanglantée. Une fois au bout de ce toboggan, il atterrit dans une énorme caverne, si obscure qu'il voyait à peine ses pieds. Se guidant à l'aide de ses mains, il tenta de ramper autour de lui pour savoir où il était et quelle taille avait cette caverne. A bout de force, perclus de douleur, affamé et transi, il s'écroula alors que sa main heurtait une paroi métallique. 
 
Juste à côté, un œilleton s'ouvrit, révélant une mini-caméra équipée d'un contrôleur de présence. Le halo qui s'en échappa parcouru le corps inanimé de Boyle de haut en bas, puis de bas en haut, avant de s'éteindre. Une série de cliquetis se fit entendre, et une porte s'ouvrit, révélant un escalier menant à un couloir. Boyle ouvrit un œil, et aperçu ce qui semblait être l'entrée d'un vaisseau spatial, ou peut-être d'une base souterraine. 
 
Trop faible pour se demander où il était, il rampa tant bien que mal jusqu'au couloir. La porte se ferma derrière lui. Le couloir était vaste, obscur, et aussi glacé que la planète elle-même. Il s'accorda un peu de repos en s'allongeant de tout son long sur le sol, fait d'une sorte de revêtement doux recouvert de givre. Nul bruit ne se faisait entendre dans cet asile inespéré, et rien ne provenait du dehors. 
 
En tentant à nouveau de progresser dans le couloir, en rampant contre le mur, Boyle activa sans le vouloir la commande d'une porte, qui s'ouvrit devant lui sur ce qui semblait être un bloc opératoire. Blanche comme le givre, la vaste pièce recélait tout ce dont il avait besoin pour récupérer ses forces : unité de soin intensif, diagnostiqueur complet, outils de chirurgie, et surtout une cuve de bacta et son respirateur artificiel. 
 
Boyle s'appuya de son seul bras valide sur les montants d'un brancard pour tenir plus ou moins debout, et claudiqua jusqu'à la cuve. Pour s'être déjà servi de ce matériel durant son passé de trafiquant d'armes, il en connaissait les secrets. Il l'activa, installa le respirateur et plongea dans la cuve tiède. Là, il s'allongea confortablement et ferma les yeux. 
 
D'ici quelques heures, il serait complètement rétabli, et pourrait découvrir où il avait atterri, et quel était ce mystérieux vaisseau spatial. Dans la caverne, une patrouille avait elle aussi suivi le long couloir encombré de branchages et de racines. Et trouvé le vaisseau. Elle s'employait même à lire ce qui était écrit sur la coque : 
 
Star Explorer 1.1.13 
 
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE